Les Chemins d'améthyste
Le gamin sauta du rebord du talus puis se rééquilibra, pieds joints, sur un terrain en pente douce. Un sentier de cailloux s'élevait à flanc de colline jusqu'au hameau de Pégu qu'il avait quitté le matin même pour, soi-disant, se rendre à l'école de Piquebourre.
L'école! A vrai dire, Eugène Courtine s'en souciait comme de sa première paire de chaussettes. Non loin de là, il s'était délesté de son sac dans lequel était entreposé, outre ses affaires scolaires, le casse-croûte de midi, préparé par Savine, sa grande soeur, et composé d'un taillon de lard, d'un morceau de chèvreton et d'un quignon de pain de seigle.
Eugène leva les yeux vers les frondaisons d'un grand chêne qui se dressait dans le secteur ainsi qu'un gardien tutélaire de la forêt. Partout autour de lui, l'air était saturé d'un été qui tardait à finir. Dans le ciel s'accumulaient pourtant des torchons de nuages grisâtres. Un vent d'ouest s'était levé et grognonnait comme un chien oublié sur un devant de porte.
- Ce sera la pluie dans la soirée, augura le garçon en remontant le col de sa chemise de chanvre, aussi rêche dans son dos que l'habit de bure des moines.
Le jasement rouillé d'un geai dans un feuillage emplit soudain l'espace et le fit sursauter. Petite flèche bleutée, le passereau fendit l'air et se réfugia au sein d'un hallier obscur, en contrebas du sentier.
- vive la liberté! clama Eugène en réponse à l'oiseau qui continuait de cajoler au plus profond du treillis de feuillage....

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