Maria franchit la dernière marche de l'escalier des chambres et pénétra dans la pièce du bas. Léon, avant de partir sur un chantier, avait introduit une bûche de châtaignier dans le fourneau, si bien que la température était clémente. Elle jeta un oeil à la pendule. Six heures et demie, le jour n'était pas encore levé, mais déjà un coq poussait son cocorico matinal. Elle souleva les plaques de fonte puis, à l'aide du pique-feu, elle déplaca le rondin, ce qui déclencha une pluie d'étincelles qu'elle s'empressa de recouvrir.
La jeune femme massa sa nuque douloureuse. La veille au soir, elle était restée jusqu'à onze heures, penchée sur son métier à grenades, afin d'honorer une commande particulière pour le ministère de la Marine que sa patronne, mademoiselle Justine Boudarel, devait réceptionner au cours de la matinée.
Maria se dirigea vers l'éphéméride suspendue près de la fenêtre, au-dessous d'un petit miroir et d'une pelote d'aiguilles, et en détacha le feuillet du dessus.
- "2 octobre 1933", lut-elle à haute voix sur celui qu'elle avait mis à jour.
Elle soupira.
Aujourd'hui sera à marquer d'une pierre blanche pour ma petite Jeanne, continua-t-elle. Une première rentrée des classes, ça compte dans la vie.